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Exercer son esprit critique

Internet fait peur parce qu’il nous oblige a devenir meilleur.

A chacun d’être enfin responsable de ce qu’il dit, de ce qu’il fait, et d’appliquer notre bonne vieille sagesse antique: tourner ses doigts sept fois au dessus de son clavier, par exemple.

Aujourd’hui, dans notre monde saturé d’information, il est plus que jamais nécessaire d’apprendre à recevoir et comprendre l’information.

 

Douter (mais pas trop)

Votre garde-fou, c’est le doute.

Le doute, c’est de prendre le temps de s’interroger pour déjouer les incohérences, le manque de sérieux, les tentatives de manipulation.

En effet, méfiez-vous de vos sens et de vos sentiments, ils altèrent plus que de raison notre jugement.

Attention, ne tombez pas non plus dans la finasserie, la paranoïa, l’hypercritique, vous basculerez du côté obscur des théories du complot.

Apprenez simplement à faire confiance pour de bonnes raisons, et suspendez autant que possible votre jugement: restons humble, rien n’est sûr, et c’est tant mieux.

Préalable: connaître ses faiblesses

Anticiper les émotions

Prenez le temps d’écouter vos émotions et de les comprendre. Un message qui vous fait peur, vous rend triste, vous rend soupçonneux, vous met en colère, mérite d’être passé à la moulinette: anticipez les réactions qu’on attend de vous et rendez-vous service en les canalisant.

Les discours manipulatoires regorgent de techniques pour exploiter au mieux le canal émotionnel de celui qui reçoit l’information. C’est très utile pour vendre ou faire voter.

Les biais et raisonnements fallacieux

Les sciences sociales, et notamment cognitives, étudient les comportements humains, individuels, et en groupe. On peut aujourd’hui lister de très nombreux biais cognitifs, dans lesquels chacun se retrouvera. Il est utile de garder à l’esprit que notre capacité à juger est pleine de faiblesse.

Nos anciens le savaient bien, les grecs ont mis au point un ensemble de techniques de discours qui sont toujours très utilisées.

Biais de confirmation les individus ont tendance à ne voir que ce qui leur donne raison: on n’accorde pas le même intérêt à ce qui va contredire ou confirmer nos opinions!
Biais retrospectif C’est l’effet “je le savais depuis le début”.
Biais de statu quo C’est un biais qui pose des freins à tout ce qui est nouveau: on a peur de changer ses habitudes.
Biais de disponibilité Ce biais traduit l’attitude de ne pas chercher d’autres informations que celles directement disponibles. Les moteurs de recherche connaissent bien cette attitude, c’est pour ça que la “première place” dans google est très importante pour un site Internet – et le moteur de recherche. On peut parler de paresse intellectuelle.
Sophismes Richard Monvoisin et Stanislas Antczak présentent ici 18 moisissures argumentatives, très, très utilisées.

Si les biais vous intéressent, c’est par là: Les biais cognitifs

Stéreotypes, idées reçues, préjugés

Le stereotype, l’idée reçue, est une affirmation qu’on ne remet jamais en cause, parce qu’on a grandit avec, et qu’on ne s’est jamais posé la question de savoir si c’était vrai.

Exemples: le café empêche de dormir, les mendiants sont de faux pauvres, le bâtiment c’est un travail trop physique pour les femmes, …

A partir du moment ou on se rend compte qu’on n’a jamais remis en cause une affirmation, qu’on est incapable de démontrer ce qu’on avance avec des arguments, mais qu’on continue, malgré tout, à l’affirmer, ce n’est plus un stéréotype ou une idée reçue, mais une opinion, qui peut rejoindre progressivement une idéologie.

En pratique: se poser les bonnes questions

S’interroger permet de déceler les incohérences dans l’information qui vous parvient. Il s’agit de faire une carte d’identité mentale de cette information, la plus complète possible.

Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions, on peut supposer que l’information est peu fiable.

Qui A qui est adressé cette information? Qui l’a écrit? Pour qui?Qui est concerné? Qu’est-ce que ses pairs pensent de l’auteur? Est-ce que l’auteur cite des sources, est-ce qu’il y a une bibliographie? Qui sont ceux qu’il cite?
Quoi Est-ce un article de presse? Un échange privé? Une étude? un devoir d’école? …
Quand Si on cite des dates, sont-elles cohérentes? Est-ce que l’article est daté? Qu’en est-il aujourd’hui du sujet?
Est-ce que l’affirmation concerne un endroit précis? Quelle est la nationalité de l’auteur? Quel est le contexte géopolitique de cette information?
Comment Tout ce qui va contextualiser l’information: Comment cette information a t-elle été collectée (sous la contrainte, pendant une période de tension, par exemple)?
Pourquoi Pourquoi cette information m’arrive maintenant, à moi? Qu’est-ce qu’on attend de moi? Qu’est-ce que je suis censée penser de ça?

Restez cohérent, gardez la tête froide

Le rasoir d’Hanlon

Cet outil formidable est un garde-fou efficace pour éviter son raisonnement de tomber dans la paranoïa et les théories du complot.

Il dit: n’attribue pas à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer.

En un mot, avant d’être méchant, l’homme est surtout très bête.

A lire: Le Rasoir d’Hanlon

Le rasoir d’ockham

Ce second outil est très utilisé dans le raisonnement scientifique. C’est le principe de parcimonie.

On le simplifie souvent en la solution la plus simple est toujours la meilleure.

Cette simplification n’est pas tout à faite exacte, en fait, ce principe dit: entre deux hypothèses, on préférera plutôt celle qui est moins coûteuse.

Par exemple, Richard Monvoisin prend le cas d’un chat et d’une souris enfermés dans une boîte.

Je mets un chat et une souris dans une boîte, je ferme, je secoue, et j'ouvre : il ne reste plus que le chat.

Hypothèse 1 : des extraterrestres de la planète Mû ont voulu désintégrer la souris, mais elle s'est transformée en chat. Le chat, de frayeur, est passé dans une autre dimension par effet Tunnel.

Hypothèse 2 : le chat a mangé la souris (sans dire bon appétit, ce qui est mal).

Vous m'accorderez que l'hypothèse 2 est beaucoup moins coûteuse intellectuellement que la N°1. 

Elle ne postule rien d'autre que la prédation de la souris par le chat, qui est au moins aussi connue que Johnny Hallyday, tandis que la première postule une planète Mû, des extraterrestres qui viennent, qui savent désintégrer un chat ce qui n'est pas donné à tout le monde, une souris qui se transforme en chat, une autre dimension, un chat qui sait y aller et un effet tunnel pour objet macroscopique. 

Ça fait beaucoup. Dans le doute, on choisira la 2.

A lire: Rasoir d’Ockham

En conclusion

Interrogez-vous, mais acceptez aussi d’avoir tort.

L’objectif, c’est de garder son libre-arbitre, sa liberté de ne pas être d’accord, tout en respectant l’autre et son pouvoir, à lui aussi, de ne pas être d’accord…